Great North Surf Expedition nº 3


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Le lendemain, on se réveille avec le même vent et plutôt que d'aller se cramer les bras, on repart sac au dos le long de la route pour rejoindre le Saltery Cove Trail. Et ce trail nous réservera bien des surprises : il est "damp" comme on dit ici, c'est à dire trempé !  Au programme : boue et rivière à traverser une quinzaine de fois. Et avec de l'eau gelée jusqu'aux cuisses s'il vous plaît,  parce que sinon ça ne serait pas marrant !  A la première on essaie de sauver le pantalon et on tente le coup sans chaussures. Au bout de quelques traversées on se lasse et on se résigne, les chaussures seront trempées. On avait lu avant de partir sur un blog à propos des pieds humides en Alaska : "it's not a matter of if, but when". Ça résume bien la situation. On posera la tente ce soir là près d'un court d'eau après le plat habituel : riz et huile d'olive,  en se disant que demain est un autre jour.

Mais le lendemain,  la fatigue commence à se faire sentir, les ampoules à se creuser (on aurait pu s'en douter avec la quantité d'eau qui fait "floc floc" dans les chaussures), et le moral en prend un coup. Chaque pas est une souffrance, les épaules et les hanches brûlent toujours un peu plus, et franchement ce trail n'en finit plus. C'est donc d'un grand "high five" qu'on célèbre notre arrivée près de la rivière qui se débouche un peu plus loin dans la baie. Packrafting time !

Une bonne partie des images de rêve qu'on avait en partant en Alaska sont ici réunies : la rivière qui serpente entre les bancs de sable noir pour déboucher dans une baie encastrée dans les montagnes dont certains pics sont encore enneigés, les aigles à tête chauve (AMERICA!) qui nous regardent passer perchés sur leur rondins au bord, les phoques curieux qui s'approchent de nos packrafts une fois dans la mer, et on en passe. Pour couronner le tout, c'est suffisamment abrité du vent pour qu'on glisse sur l'eau sans efforts.

Mais ce soir là quand on fait cuire notre gamelle de riz, on se heurte à la réalité : on est venu à bout du riz et pour rejoindre Pasagshak on devra se contenter du fond de pot de peanut butter restant. Il va donc falloir se rationner.

Et au réveil,  c'est le vent qui est de retour accompagnée d'une pluie fine glaciale. Parce que sinon, ça serait pas vraiment l'Alaska ! 

On ne se décourage pas pour autant. Au contraire, on se gonfle l'un l'autre à bloc et on se dit que si on est ici, c'est aussi pour en baver. Notre premier surf, on veut le mériter. On pagaie sans relâche pendant plusieurs heures, faisant face au vent (facile, on commence à avoir l'habitude maintenant), et les creux qui atteignent parfois 1m50 (si bien qu'Arnaud perd régulièrement Cyril de vue entre deux vagues, pour son plus grand plaisir). Arrivé à mi chemin entre Saltery Cove et Pasagshak, on décide que c'est suffisant,  que de toute façon la partie restante est encore plus exposée au vent et aux vagues, on qu'on verra demain si on a un peu plus de chance avec la météo. On monte donc la tente sous la pluie, une cuillère à soupe de peanut butter chacun, et on se blotti dans nos duvet.

Et en effet, le lendemain, le vent semble s'être calmé ! Alors c'est pas la mer d'huile non plus, mais à part quelques passages agités entre les rochers (la marée est basse et on n'envisage même pas de contourner ce qui nous ferait perdre du temps), on avance plutôt bien jusqu'à l'entrée de la baie de Pasagshak.

Une fois arrivé là-bas, il ne nous reste plus que quelques kilomètres en eaux calmes, et on se voit déjà sur la plage entre train de manger un bon burger, pourquoi pas avec une bière fraîche pour recomposer l'effort. On se fait une pause eau rapide (on a chacun une gourde dans notre packraft), et on s'aperçoit qu'en plus d'être à court de nourriture, on est bientôt à court d'eau. Alors la solution raisonnable aurait été de débarquer sur une petite plage à 500m et trouver un petit ruisseau (il y en a partout) pour faire des réserves avant d'attaquer le dernier sprint, mais on veut en finir au plus vite et on attaque tout droit direction la communauté de pêcheurs de Pasagshak. On en tirera une belle leçon : ne jamais négliger l'eau pendant l'effort ! 

Très vite, la gorge s'asseche, les muscles brûlent, et avec le ventre creux, l'énergie nous manque vraiment. On fait une pause tous les 50 coups de pagaie et ce qui devait être une promenade avant de débarquer sur la plage devient une heure, puis deux d'efforts.

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Arnaud & Cyril

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